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Dr Frejuste Agboton
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Iode 131 : combien de temps reste-t-on « radioactif » après le traitement ?

· Chronique

Le cancer différencié de la thyroïde se soigne bien. Après la chirurgie, une partie des patients reçoit un traitement à l’iode 131 : une gélule ou une solution à avaler, dont l’iode radioactif se fixe sur les cellules thyroïdiennes restantes pour les détruire. On parle d’irathérapie.

Pendant quelques jours, le patient émet lui-même des rayonnements. Il est donc hospitalisé dans une chambre protégée, et ne sort que lorsque le débit de dose mesuré à un mètre de lui descend sous un seuil réglementaire. Au CHU Mohamed Lamine Debaghine (Bab El Oued), à Alger, ce seuil est de 25 µSv/h.

La question pratique est simple : à quelle vitesse ce rayonnement diminue-t-il ? C’est le sujet de mon mémoire de master en biophysique et radioprotection, soutenu le 25 septembre 2026 à l’Université d’Abomey-Calavi.

Ce que j’ai étudié

J’ai analysé les dossiers de 113 patients traités au premier trimestre 2026 dans le service de médecine nucléaire du CHU Bab El Oued. Le travail avait deux volets : comparer les pratiques de radioprotection du service aux recommandations de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), et décrire la décroissance du débit de dose externe de chaque patient, mesuré à plusieurs reprises entre l’administration et la sortie.

À partir de ces mesures, on calcule la demi-vie effective : le temps nécessaire pour que le débit de dose soit divisé par deux. Elle combine deux phénomènes : la décroissance physique de l’iode 131, dont la période est d’environ 8 jours, et l’élimination par l’organisme, surtout par les urines, qui est beaucoup plus rapide.

Ce que montrent les mesures

Une heure après l’administration, le débit de dose est proportionnel à l’activité administrée : environ 0,73 µSv/h par millicurie, de 30 à 200 mCi. Cette régularité confirme la fiabilité de la chaîne de mesure : activimètre, radiamètre et position du patient.

La demi-vie effective médiane est de 13,2 heures. Chez les patients ayant reçu 100 ou 150 mCi, suivis plus longtemps, elle se situe autour de 14 heures. C’est proche de ce que rapportent les équipes européennes, par exemple 12,6 heures dans une série finlandaise publiée en 2024.

La variabilité d’un patient à l’autre est importante, et aucun facteur disponible en routine ne la prédit vraiment. L’âge n’a pas d’effet propre. Les écarts apparents selon l’activité administrée ou le type histologique tiennent surtout aux conditions de mesure, qui ne sont pas les mêmes pour les faibles et les fortes activités. Le facteur le plus probable, la fonction rénale, n’était pas mesuré de façon systématique : c’est la prochaine question à étudier.

Enfin, chez les patients à forte activité, deux mesures bien placées suffisent pour estimer la demi-vie effective avec la même précision que trois, à moins de 0,1 heure près. C’est un argument pour alléger le protocole de surveillance sans perdre en sécurité.

Ce que cela change pour les patients et leurs proches

La durée d’hospitalisation dépend de l’activité administrée : quelques heures pour les plus faibles, environ deux jours pour les plus fortes. À la sortie, le patient émet encore un faible rayonnement, qui continue de diminuer jour après jour.

Les consignes remises à la sortie restent donc importantes : garder ses distances avec les proches pendant quelques jours, éviter les contacts prolongés avec les jeunes enfants et les femmes enceintes, boire abondamment, uriner souvent et soigner l’hygiène aux toilettes, puisque l’iode non fixé s’élimine surtout par les urines. Leur durée exacte est fixée par le service selon l’activité reçue, et c’est elle qu’il faut suivre.

Ces consignes ne sont pas une précaution excessive. Elles maintiennent la dose reçue par l’entourage aussi basse que raisonnablement possible, ce qui est le principe même de la radioprotection.

Pourquoi ces données comptent en Afrique

Les données publiées sur la demi-vie effective de l’iode 131 viennent surtout d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie ; les séries africaines restent rares. Celle-ci peut servir aux services qui ouvrent ou développent une activité d’irathérapie, notamment en Afrique de l’Ouest, pour planifier les hospitalisations et former le personnel.

Ce mémoire a été dirigé par la Pr Assia Amimour, cheffe du service de médecine nucléaire du CHU Bab El Oued, avec la codirection du Pr Kuassi Marcellin Amoussou-Guenou, du Dr Abdelkrim Talbi et du Dr Gilles David Houndétoungan. Il a obtenu la mention Excellente.

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