Un médecin nucléaire qui aime compiler
Dr Babatounde Fréjuste Pinocio Agboton
Je suis médecin, béninois. J'ai étudié à la Faculté des Sciences de la Santé de Cotonou, et c'est là, en 2021, que j'ai soutenu ma thèse de doctorat. Le sujet en disait déjà long sur la suite : un outil informatique pour l'accréditation hospitalière, conçu puis mis à l'épreuve dans deux hôpitaux universitaires de la ville. Le soin et le code, dès le départ, dans la même phrase.
Le code, je l'avais appris seul, en marge des amphithéâtres — d'abord par curiosité, puis parce qu'un problème clinique bien posé ressemble souvent à un problème d'ingénierie. Un peu de HTML, de PHP, puis React et Python : rien d'académique là-dedans, seulement des nuits à défaire et à refaire jusqu'à ce que ça tienne.
Restait à choisir une spécialité. J'ai choisi la médecine nucléaire, une discipline technique, mathématique, encore rare dans la sous-région. Elle demande de lire une image à la lumière de la physique et du calcul, et de ne rien conclure avant d'avoir tout regardé. Faute de filière au Bénin à l'époque, je suis parti me former à Alger : scintigraphie, imagerie TEP, thérapies par l'iode 131 — une spécialisation dont j'aborde, en 2026, la dernière ligne droite.
Entre-temps, je n'ai jamais reposé le clavier. En 2021, avec quelques confrères, j'ai cofondé Bet'up, un petit studio de développement à Cotonou, et nous avons commencé à bâtir ce qui manquait à la communauté médicale : portails de sociétés savantes, plateformes de congrès, applications de gestion. Sont venus ensuite mes propres produits — NucleAtlas, une encyclopédie de médecine nucléaire, puis KoraKori et Invest-IA du côté de la finance —, conçus, codés et opérés seul.
On me dira éternel étudiant, et ce ne sera pas tout à fait faux : à la spécialité se sont ajoutés deux masters, l'un en biophysique et radioprotection, l'autre en informatique médicale et systèmes d'information en santé. J'aime cet endroit précis où la médecine, la physique et le logiciel se recoupent ; c'est là que je travaille le mieux.
Mon horizon tient en peu de mots : exercer au Bénin, et y construire des outils taillés pour le terrain africain plutôt qu'importés d'ailleurs. Soigner, et bâtir de quoi mieux soigner. Le reste — la langue de programmation, le diplôme, la pile technique — n'est qu'une façon d'y parvenir.
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